“Accompagner les soins vétérinaires avec les huiles essentielles”

Bonjour Michel, pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ? Vous avez suivi de nombreuses formations, dont certaines proposées par des naturopathes français de renom : qui sont-ils ?

Après une formation d’infirmier je me suis rendu compte que je n’étais pas du tout satisfait de la façon dont nous pouvions soigner les malades (manque d’humanité, malades assimilés à des numéros ou des pourcentages statistiques, et même si à ce moment-là je n’avais pas reçu d’autres façons de penser la santé et la maladie qu’au travers de la médecine conventionnelle, je voyais bien que les malades étaient rarement guéris et devenaient dépendants d’un système de santé qui était principalement centré sur la maladie et la pathologie et finalement rarement sur la santé et la connaissance de soi. C’est là que j’ai rencontré Pierre-Valentin Marchesseau, lors d’un congrès à Paris, ou tous les conférenciers m’ouvraient des portes, apportaient des réponses à toutes ces questions sur une autre façon de concevoir la santé et la maladie. A l’issue de ce congrès je me suis (précipitamment) inscrit dans l’école de Marchesseau et j’ai été formé par Alain Rousseaux et Pierre-Valentin Marchesseau lui-même (3 années de bonheur !). Pour compléter cette formation j’ai suivi l’école d’André Roux (cursus complet pendant 5 ans) qui m’a permis d’approfondir plusieurs techniques de la naturopathie (auriculothérapie, réflexologies, biothérapies, phytothérapie et aromathérapie ; c’est à ce moment que je suis tombé dans la marmite des huiles essentielles, grâce à Pierre Franchomme… et je n’en suis pas sorti 35 ans plus tard !).

Je sentais que d’autres dimensions me manquaient pour bien cerner l’être humain, j’ai alors suivi différentes formations en énergétique (chinoise, égyptienne) et la formation du Dr Senn en homéopathie uniciste pendant 4 ans (un grand pas de plus dans ma compréhension de l’immense complexité de l’humain !). Enfin il manquait encore une corde à mon arc, c’était la psyché ! Sujet trop peu abordé dans mes formations, j’ai alors suivi le cursus universitaire pour obtenir le diplôme de psychologue. Chacune de ces formations m’a permis d’avancer un peu plus dans la connaissance du vivant, et j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreuses et très belles personnes dans tous ces domaines qui m’ont aidé à grandir dans la dimension difficile de thérapeute

Dès la fin de la formation chez Marchesseau, j’ai commencé à exercer la naturopathie en mettant en place une quinzaine de groupes de réflexion sur la santé dans ma région (ateliers et week-ends où j’apprenais des moyens simples aux participants pour comprendre et agir sur leur santé (très belle expérience pendant 7 ans).

Puis j’ai ouvert mon cabinet à Nantes, où j’ai petit à petit proposé à mes patients les différents outils que j’avais appris à l’école naturopathie (dont beaucoup d’aromathérapie, homéopathie, psychologie. Chemin faisant j’ai enseigné la naturopathie chez Euronature pendant 10 ans, puis j’ai été contacté par l’école vétérinaire de Nantes il y a 15 ans pour accompagner les éleveurs de bovins à prendre soin de leurs animaux avec des huiles essentielles afin de diminuer l’utilisation des antibiotiques et autres médicaments en élevage.

Aujourd’hui, je continue de recevoir des patients pour un accompagnement thérapeutique à Nantes, j’enseigne l’homéopathie et l’aromathérapie dans diverses structures pour les humains, et je continue de former des éleveurs (plus de 1300 à ce jour) et des vétérinaires (3ème promotion en cours) pour le monde de l’élevage.

Vous proposez une formation en aromathérapie tempéramentale, pourriez-vous expliquer en quoi cela consiste ?

Dans une approche thérapeutique alternative, j’ai appris à accompagner un malade en lui redonnant les moyens de faire ce qu’il sait faire avec son potentiel, et non pas soigner une maladie en effaçant un symptôme. C’est là que la dimension tempéramentale prend tout son sens.

Nous avons des dizaines d’huiles essentielles pour moduler une inflammation ou du stress, qu’est ce qui nous fait choisir HE Matricaria recutita plutôt que HE Eucalyptus citriodora, ou HE Lavandula angustifolia plutôt que HE Ocimum basilicum var basilicum ou HE Tsuga canadensis ?

L’approche tempéramentale nous évite de tomber dans la recette de l’allopathie aromatique, ce n’est pas le symptôme ou la maladie qui nous guide en premier lieu mais bien le malade : qui est-il ? pourquoi est-il malade aujourd’hui et pas la semaine dernière ? pourquoi cette maladie et pas une autre ? comment la vit-t-il ? quelle est sa problématique réelle au-delà de ses symptômes ? de quoi a-t-il besoin pour retrouver l’équilibre ? Ce sont les réponses à ces questions qui vont permettre de choisir avec davantage de certitude l’huile essentielle (ou les huiles essentielles, mais jamais mélangées !) la (ou les) mieux indiquée(s) ; c’est là que l’approche tempéramentale fournit les outils pour y parvenir.

À travers la formation Hélichrysum, au sein d’une équipe de docteurs en vétérinaire, vous accompagnez les vétérinaires dans l’intégration de l’aromathérapie dans leurs protocoles : quels sont les intérêts de l’utilisation des huiles essentielles sur les animaux ? comment êtes-vous venu à vous intéresser à ce sujet ?

Il y a 15 ans, je n’aurais jamais pu imaginer faire ce que je fais aujourd’hui avec les huiles essentielles ; c’est l’école vétérinaire qui a sollicité mon expertise en aromathérapie pour accompagner des éleveurs, j’ai seulement répondu à une demande.

J’ai beaucoup, beaucoup appris dans le monde de l’élevage et j’en suis très reconnaissant ; avec les éleveurs qui m’ont fait découvrir un monde que j’ignorais, avec les vétérinaires qui m’ont apporté leur éclairage scientifique de praticien, et aussi avec les animaux (un animal ne ment pas, ne triche pas, contrairement à l’humain) et il m’a fallu remettre en cause (avec humilité) beaucoup de certitudes sur les huiles essentielles pour pouvoir avancer et continuer d’avoir des résultats ; les quatre premières années de travail avec les animaux ont été très difficiles, la plupart de ce que j’avais appris en aromathérapie humaine ne fonctionnait pas ! J’ai donc mis en place de nouvelles grilles de lecture (dont l’approche tempéramentale et l’énergétique) et de nouveaux modes d’application des huiles essentielles pour enfin avoir des réponses satisfaisantes avec les animaux.

En utilisant l’aromathérapie chez les animaux, cela permet de réduire (parfois même déliminer complètement dans certains élevages) les antibiotiques et autres médicaments ; un bénéfice immense pour les humains qui consomment de la viande ou des produits laitiers.

Au fil de ces 15 dernières années, j’ai eu la chance d’initier ou de conduire des recherches en aromathérapie (in vitro et in vivo) ce qui m’a permis de mieux connaître les huiles essentielles dans leurs applications thérapeutiques.

Vous intervenez dans des groupements pour former les éleveurs en direct en aromathérapie familiale et vétérinaire ; quels sont les objectifs et le niveau d’autonomie transmis aux éleveurs à la suite de vos formations ? Assurez-vous un suivi ?

Les vétérinaires que j’ai formés travaillent en collaboration étroite avec leurs éleveurs dans le sens d’un accompagnement thérapeutique avec une proposition de l’aromathérapie en première intention de soin. Seulement, encore peu de vétérinaires sont formés à l’aromathérapie, il est donc difficile pour les éleveurs de les solliciter.

C’est pourquoi l’objectif de la formation est d’apporter aux éleveurs des moyens de voir les animaux différemment au travers de grilles de lecture alternatives et complémentaires de l’approche vétérinaire classique, avec comme outil principal les huiles essentielles. Je propose d’abord 3 journées d’initiation pour découvrir les huiles essentielles et les méthodes d’applications, puis d’autres journées de perfectionnement à la demande de chaque groupe

L’aromathérapie nécessite de développer un sens plus aigu de l’observation des animaux je rappelle qu’ils ne parlent pas, ne répondent pas à nos questions, ou que nous ne comprenons pas leur langageLes éleveurs ont trouvé un vrai bénéfice secondaire dans l’utilisation de l’aromathérapie ; c’est de se sentir plus proche de leurs animaux, de mieux les comprendre pour mieux les respecter et les accompagner. Les retours sont plutôt excellents, tant du côté des éleveurs que des vétérinaires, parfois même surprenants, dans ce sens ou ils dépassent largement les objectifs attendus.

Auriez-vous un témoignage à nous partager sur l’utilisation de l’aromathérapie en élevages ?

Chez une éleveuse ayant suivi ma formation en aromathérapie, une vache venait de donner naissance à un veau mort et n’arrivait plus à se relever. Son état était considéré comme critique par le vétérinaire proposait de l’euthanasier… L’éleveuse refusait cette fin tragique, elle préférait attendre trois jours en espérant une amélioration. Aucun changement, au contraire, la vache s’épuisait davantage. L’éleveuse sollicita de nouveau le vétérinaire qui là encore ne voyait pas d’autre solution que l’euthanasie… L’éleveuse refusa et se souvint à ce moment-là de la formation en aromathérapie. Elle décida alors d’appliquer la « méthode informationnelle », c’est-à-dire qu’elle proposa à la vache différentes huiles essentielles à respirer et à la quatorzième huile essentielle la vache se releva ! Après une diarrhée d’enfer elle se dirigea vers le foin et recommença à manger… La vache va toujours bien aujourd’hui !

C’est la plus belle chose vécue cette année en tant que formateur en aromathérapie vétérinaire : voir les animaux choisir (sans se tromper) l’huile essentielle dont ils ont besoin pour retrouver leur équilibre et se soigner.