Bonjour Didier, pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Après une Maîtrise de chimie obtenue à Madagascar, je suis devenu ingénieur chimiste (école CPE Lyon) avec la spécialité “application des procédés”. Ma première mission professionnelle fut de travailler sur les pesticides de synthèse à Madagascar… N’étant pas aligné avec mon éthique, j’ai ensuite choisi de travailler pour un laboratoire de Saône-et-Loire pour l’élaboration d’un produit phytosanitaire naturel dont le principe actif était issu de l’huile essentielle de thym à thymol ; ce qui a été ma première expérience dans l’univers de l’aromathérapie. Puis je me suis investi dans une société suisse sur la qualité de la gousse de vanille malgache (projet entre Lyon et Genève, en lien avec le CNRS). Ce sont mes choix professionnels qui m’ont permis de découvrir les huiles essentielles à travers les analyses chromatographiques.

La première analyse sur le Ravintsara a été le déclic pour la suite de ma carrière de formateur indépendant (en débutant à l’école d’esthétique international Silvya Terrade à Lyon). Mon intérêt pour cette huile essentielle m’a valu mon surnom de Ravintsara par le personnel soignant que je forme depuis plus de dix ans en centres hospitaliers et EHPAD, notamment dans les Hauts de France.

Par ailleurs, je suis enseignant vacataire en aromathérapie à l’université Lyon I en master 2 de la filière Phyto-ressources et à UNIVA (l’université de vie active de l’Université Catholique de Lyon ; UCLY).

En aromathérapie vous évoquez une “synergie entre science et spiritualité”, notion enseignée dans votre module “l’abord comportemental personnalisé” ; en quoi cela consiste ?

Les huiles essentielles provenant des plantes aromatiques distillées à la vapeur d’eau contiennent des chémotypes qui sont des substances variables définies botaniquement et biochimiquement. Ces molécules naturelles – pour la plupart volatiles – ont des caractéristiques à la fois physiques et psycho-émotionnelles obtenues par l’alchimie de la distillation ; d’où la synergie entre la Science et la Spiritualité.

Ces chémotypes ont des vertus thérapeutiques touchant à l’être essentiel, à savoir : son physique, son affect et son intellect. Il est donc nécessaire de passer par la connaissance de soi en plus de la connaissance de l’activité moléculaire vivante. C’est pourquoi, à travers l’âme des plantes malgaches, nous abordons les 3 grandes civilisations : indienne Ayurveda, chinoise Médecine Traditionnelle Chinoise et occidentale selon Hippocrate. En mettant en évidence nos points sensibles, chakras et méridiens nous atteignons une certaine spiritualité dans l’approche de nos tempéraments, comportements et mouvements.

L’Aromathérapie c’est l’art de conjuguer les molécules du vivant entre elles afin de retrouver un certain équilibre voire une biorésonance électromagnétique. Autrement dit, c’est une Médecine intégrative qui relie la Médecine traditionnelle et à la Médecine conventionnelle.

Dans votre pays d’origine, Madagascar, vous êtes accompagnateur d’écotourisme et sensibilisez vos visiteurs sur la qualité et la pureté des huiles essentielles ; pourriez-vous nous en dire plus ?

Depuis 7 ans, j’accompagne deux fois par an un formateur d’écotourisme sur la Route des Plantes à Madagascar ; ce séjour de 15 jours permet aux touristes de s’émerveiller de la nature et de retrouver cette interdépendance des éléments naturels qui nous anime tout le long du voyage. C’est un véritable partage de connaissances avec les tradipraticiens sur place : phytothérapie, aromathérapie, mais aussi gastronomie locale (qui n’échappe à personne au niveau de sa qualité et de sa diversité ; fruits et légumes, fruits de mer…) et relations humaines d’une authenticité indéniable (hospitalité et solidarité que l’on appelle “fihavanana”). Ma principale intention c’est de vous y inviter pour goûter ces merveilles de la Nature et pour constater sur place notre “vivre ensemble”, si spécifique à Madagascar.

Sur le thème de l’aromathérapie, la visite des jardins botaniques et de diverses plantations permet de distinguer la qualité de l’huile essentielle à partir de son terroir d’origine, de la cueillette, de l’agriculture naturellement biologique, sauvage ou conventionnelle, des procédés de distillation et de conditionnement.

Une formation d’une demi-journée est prévue systématiquement à l’IMRA (Institut Malgache de Recherches Appliquées) de la Fondation Ratsimamanga – nom de notre mentor au niveau de la phytothérapie et de la pharmacognosie – qui possède des laboratoires d’analyse et de recherche, ainsi qu’une importante bibliothèque

Toujours à Madagascar, vous intervenez sur des projets autour de la santé ; quelles sont vos actions ?

Le plus important est que la médecine naturelle retrouve ses lettres de noblesse à travers la santé essentielle (vision holistique de l’individu). Nous sommes en train de faire des études observationnelles en phyto-aromathérapie pour créer un remède traditionnel amélioré (RTA) pour chaque cas traité. Je préside le comité scientifique de groupes d’experts pluridisciplinaires ; la passion nous anime pour redorer le blason de cette Médecine intégrative qui allie avantageusement la Médecine physique et la Médecine énergétique. Il faut dire que la Culture malgache s’y prête bien !

A Tananarive et à Majunga, je forme les praticiens au sein de l’APAROMA (Association des Professionnels en Aromathérapie de Madagascar) et les étudiants de l’Université à l’ISMST en sciences technologiques. Nous allons agrémenter ces enseignements par une interdisciplinarité entre la Lithothérapie, l’Homéopathie, la Naturopathie et d’autres thérapies naturelles. Ces formations n’exigent pas de pré-requis particulier sauf d’être près de la Nature afin de faire avec les moyens du bord ; c’est à dire avec les ressources naturelles de proximité, véritables richesses dans toute l’île de Madagascar.

Vous formez des centres hospitaliers et des EPHAD sur l’utilisation de l’aromathérapie dans leurs protocoles de soin ; auriez-vous un retour d’expérience à partager ? Une anecdote ?

Celle qui me vient à l’esprit est l’histoire d’une dame qui avait du mal à se mouvoir et qui voulait faire ses pas uniquement avec le kinésithérapeute qui était absent ce jour-là. Alors avec l’aide-soignante, on commence à la “dorloter” en lui parlant de sa peau un peu sèche, qui avait besoin de s’embellir avec un protocole “bien-être” ; nous avons commencé par un effleurage-modelage sur les bras, poursuivi par un protocole “détente” sur le genou, avant de la faire lever avec l’aide de l’ergothérapeute grâce à une certaine hypnothérapie qui lui a donné toute confiance pour pouvoir marcher convenablement. Les protocoles “articulaire” et “anti-anxiété” ont un réel succès !

Quelle est votre huile essentielle malgache préférée ?

Le Ravintsara (cinnamomum camphora) pour plusieurs raisons ! Tant en phytothérapie qu’en aromathérapie, on l’appelle la “bonne feuille”, ou la “feuille à mille vertus” ou “camphrier de Madagascar”.

Elle a été importé d’Asie et c’est en poussant sur la terre de Madagascar qu’elle a changé de qualité intrinsèque. Lors de la distillation de ses feuilles, elle perd son camphre et potentialise encore plus ses particularités antivirales et immunostimulantes (via les terpènes, oxydes et alcools). C’est la terre malgache qui produit cela ! Aujourd’hui, l’huile essentielle de Ravintsara issue de Madagascar est la meilleure du monde car elle pousse sur une terre bénit des dieux ; elle protège et soigne tous les maux de la terre, son hydrolat est très énergétique (les personnes se désinfectent avec son l’hydrolat au lieu du gel hydroalcoolique ; elle est d’actualité…). Dans les années 80, c’est la première huile essentielle à avoir été introduite en milieu hospitalier pour combattre les infections nosocomiales.

Très expectorante, elle séduit au niveau olfactif : je peux vous dire que je ramène des millésimes malgaches et que l’âme de la plante ressort ! Durant les séjours d’écotourisme, on visite plusieurs plantations de Ravintsara depuis les hauts-plateaux jusqu’aux côtes de la Grande île, en découvrant différents climats, terroirs et conditions de production.

Quelle est votre huile essentielle française préférée ?

Pour faire original je dirais la lavande ! Le terroir français est le meilleur pour la lavande, tout comme Madagascar est la meilleure terre pour le Ravintsara ! Je fais souvent le parallèle entre notre “Route des Plantes malgaches” et votre “Route des Vins français” ; chaque terroir a sa particularité et sa qualité, c’est “le goût du terroir” qui s’exprime.

Il y a 25 ans, j’ai découvert une vraie lavande (Lavandula vera) dans tous les sens du terme – littéraire et scientifique – après en avoir analysé plusieurs. Cette lavande est à la fois équilibrée et équilibrante pour le système nerveux, elle s’utilise pratiquement sans précaution d’emploi par tous les modes d’application, elle peut atténuer une agressivité yin ou yang moléculaire à la fois dans le senti et le ressenti. La lavande aspic et le Lavandin peuvent être tout aussi excellents sinon meilleurs encore pour d’autres vertus…

Quelle est la plus belle chose que vous avez pu vivre en tant qu’aromatologue cette année ?

De pouvoir aujourd’hui rassembler tous les professionnels de la Santé et du Bien-être ici et surtout à Madagascar là où la Nature est reine. Je suis en pleine (trans)mission pour défendre la cause sanitaire de l’Humanité à partir de mes racines.

Pouvez-vous nous parler de votre ouvrage « Parcours d’un Aromatologue Malgache, éditions Edilivre, octobre 2019 » ?

Ce parcours c’est 40 ans d’errance expérimentale de vie et de recherche de soi, plus 25 ans de labeur sur soi. Autrement dit je suis d’origine malgache avant d’être acculturé, chimiste aromatologue, toujours apprenti assoiffé de connaissances, essentiellement vivant et citoyen du Monde.

Pour en savoir plus sur Didier Ramiandrasoa, rendez-vous sur son site web : http://didiera.e-monsite.com/
Références du livre : https://www.edilivre.com/parcours-d-un-aromatologue-malgache-didier-ramiandrasoa.html/